Affiche 40e édition 2017 par EXEM

Découvrez la nouvelle affiche réalisée par EXEM

 

 

L’édition 2017 de la course de l’Escalade est, comme c’est le cas tous les cinq ans depuis 2002, une édition « Course du Duc ». Et à tout seigneur tout honneur, c’est bien lui qui assure le spectacle, car, en effet, le Duc s’est progressivement imposé comme la vedette des affiches que je réalise à ces occasions.

S’il restait discret en 2002, perdu qu’il était, sous ses oripeaux de fantôme, dans la foule des coureurs qui s’écoulaient de la marmite renversée au pied de la Mère Royaume, il a peu à peu pris sa place. D’abord en filigrane dans l’affiche de 2007, puisque le grand coureur grec figurant sur le fond rouge le représentait, avec barbe et moustache, mais de façon quasi subliminale. Mais ensuite, en 2012 il s’est propulsé sans complexe sur le devant de la scène, menant avec fougue la folle chevauchée des échelles géantes dans les rues de la Vieille Ville genevoise.

C’était déjà lors de ma première collaboration avec la course de l’Escalade, en 1987, pour la dixième édition, que, m’appuyant sur la tradition qui veut que les Genevois de 1602 l’aient surnommé « Le Chat », je décidai de le représenter avec une tête de chat.

Je m’en tiens donc à cette ligne et, cette année, le Duc à visage de chat pénètre de sa belle foulée féline, par une arche « rêvée », dans la Vieille Ville, accompagné par un peloton de souris. Car qui dit chat, dit souris, mais pas n’importe lesquelles. Ces souris participent manifestement à la course de « La Marmite » et se sont déguisées en conséquence, célébrant des anniversaires ou marquant l’air du temps.

Passons-les en revue !

La première depuis la gauche, s’apprêtant à sortir de l’affiche, s’est déguisée en horloge et consulte sa montre, elle semble préoccupée par le temps, ce qui est somme toute assez pertinent pour quelqu’un qui participe à une course, même aussi détendue que celle de « La Marmite ». A ses côtés, la souris rose a choisi de rendre hommage par son déguisement à Gaston Lagaffe, apparu le 28 février 1957, d’où son dossard, dans les pages du journal Spirou et dont on fête les 60 ans. Cet hommage à l’immense Franquin, son créateur, se double de celui à Jidéhem, partie prenante de l’élaboration du personnage, qui vient de nous quitter le 30 avril 2017.

Plus loin, évitant de justesse le pied droit du Duc, une souris blanche s’amuse à reproduire l’action mémorable de Martin Luther qui cloua sur la porte de l’église de Wittenberg, ses « 95 thèses » contre les indulgences, le 31 octobre 1517. Ce geste, qui déclencha la Réforme il y a tout juste 500 ans, est commémoré un peu partout, mais en particulier à Genève, devenue la Rome protestante sous l’impulsion d’un certain Jean Calvin.

Ce même Jean Calvin qu’une souris verte (qui ne court pas dans l’herbe, celle-là, mais sur les pavés de la Vieille Ville) a choisi comme sujet de déguisement. Heureuse coïncidence, son dossard porte le numéro 1541, comme l’année où Calvin revint à Genève s’y installer définitivement.

Précédent Calvin d’une foulée qu’on ne lui soupçonnait pas, une souris Gioachino Rossini tient dans sa main gauche la partition de son opéra « La Gazza ladra », dont la première eut lieu 200 ans plus tôt, le 31 mai 1817, à La Scala de Milan. Devant lui, une pie effectivement voleuse tient dans son bec une émeraude qui ressemble fort à celle d’une certaine Bianca Castafiore…

Se faufilant entre Martin Luther et Rossini, c’est sous le très séduisant costume de Corto Maltese que cette souris a décidé de fêter à la fois les 50 ans du personnage, apparu dans La Ballade de la mer salée que publiait le magazine italien Sgt Kirk, et les 90 ans de son créateur, le magnifique Hugo Pratt, hélas disparu en 1995.

C’est probablement vers le beau Corto que vole le petit cœur personnifiant les sentiments de Minnie. Pourquoi une Minnie ici ? Parce que c’est une souris, première bonne raison. Mais aussi parce qu’une participante figurant sur l’affiche de la course de 2012 avait déjà opté pour ce déguisement, faisant elle-même, autre ricochet temporel, un petit clin d’œil à un groupe de participantes à la course de 1986 qui avaient choisi de se déguiser ainsi. J’avais d’ailleurs fait figurer ce groupe à la page 21 de la BD prix souvenir de l’Escalade 1987, Pas d’Escalade pour le Duc.

La réalité virtuelle (Virtual Reality pour les spécialistes) est dans l’air du temps et la souris qui suit Minnie porte un casque lui permettant sans doute de vivre une course différente de la vraie, mais certainement pas aussi formidable.

A sa gauche, après l’évocation de Calvin, c’est à un autre illustre citoyen genevois que se réfère le déguisement de la souris « 65 », plus précisément à notre Rousseau national, herborisant à son habitude, à moins que son bouquet ne soit destiné à celle qui le devance. Il égare quelques cartes à jouer, non pas parce que Jean-Jacques était pris par le démon du jeu, mais parce qu’on sait qu’il avait pour habitude d’y noter ses idées lors de ses promenades, et notamment les idées destinées aux Rêveries du promeneur solitaire. Rêveries qui furent composées entre 1776 et 1778 soit il y a exactement 140 ans, or en 1777 (jolis ces trois sept pour un tintinophile !) Rousseau avait 65 ans comme l’indique son dossard. Après la mort de l’écrivain, on trouva dans ses papiers pas moins de 27 cartes à jouer annotées. Détail amusant, après la Révolution française, un jeu de cartes révolutionnaire fut édité qui comportait une carte dite du Sage de trèfle, où on le voit tenant un exemplaire du Contrat social. La boucle est ainsi bouclée.

Derrière le pied gauche du Duc, longeant le muret, une souris de goût a revêtu le costume de Charlot, dont le créateur, le génial Charlie Chaplin, disparaissait le 25 décembre 1977.

Enfin, la souris vaguement ahurie et dénudée au premier plan à droite est, disons-le carrément, un peu « zéro » et porte donc le bon dossard.

Exem

8 mai 2017